Dernière mise à jour Septembre 2008
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Rwanda 2005

Mars 2005

Le projet de voyage au Rwanda fut un concours de circonstances qui nous ont menés vers le pays des mille collines.  Je n'ai malheureusement pas de beau projet à vous raconter. Pas de belles histoires de construction de puits ou de sauvetage d`orphelin.

Un train est passé -- mon expression préférée ces temps-ci…  Une chance qui est passée et que j'aurais sans doute regrettée toute ma vie si je ne l'avais pas saisie…  Une invitation donc ! Le père de Marie-Claude travaillait au Rwanda pour un contrat d'un an avec DID…

Une promenade d'un mois qui changera ma vie. Je ne suis pas devenu plus ou moins zen après…  Je suis devenu… démotivé.  Ce voyage sera le complément d'une longue réflexion. Plusieurs années ont passé depuis que je suis allé voir au Mexique comment on travaille avec les chicas de la rua…  les jeunes filles qui font de la prostitution. Plusieurs années que dormait en moi ce désir d'être un expat… Quitter un jour mon pays qui n'est pas un pays, mais l'hiver !

Avant le départ, je me suis obstinément refusé à lire le livre du général Dallaire, J'ai serré la main du diable. J'ai aussi refusé de lire Une piscine à Kigali. Ces ouvrages sont certes des références, mais pour moi, c'est également la vision de quelqu'un. 

Je me suis dit que je devais absolument faire moi-même la découverte, que je devais voir de mes yeux et tenter de comprendre, avant de voir avec les yeux d'un autre. La vision d'une personne présente à la plus grande tragédie humaine des dernières décennies est quand même sa vision...  Avant d'avoir la vision d'un autre, d'avoir des préjugés, positifs ou négatifs, sur les Rwandais, je voulais connaître le Rwanda.

Ce que j'ai vu et ce que j'ai compris en tant que Muzungu (Blanc) ne s`écrit pas, ne se décrit pas…  Nous allons commencer 2007 et je n'ai toujours pas lu les ouvrages en question. Je ne crois pas que je vais les lire tout de suite…  la cicatrice n'a pas guéri. Chose certaine, de ne pas avoir lu ces livres me donne encore une vision différente. Nombre de personnes louangent les auteurs comme de Dieu et croient connaître les évènements parce qu'ils se sont tapés un bouquin.  Depuis le voyage, il y a même eu deux films que vous devez voir. « Hôtel Rwanda » et « Une piscine à Kigali ». Faites attention de ne pas devenir de ceux qui pensent savoir…  ceux qui pensent avoir compris…
Nombre de ces personnes ont leur version des évènements de 1994 au Rwanda. Lisez, écoutez des films, parlez-en, pour que ces récits ne s'oublient pas. Parlez-en pour que jamais plus…

Moi, j'ai eu de la chance ! J'ai connu Idrisa, Greg et plusieurs autres qui m'ont récité un peu de leurs histoires ahurissantes. 

Moi, j'ai le musée du Memorial… souvenir douloureux d'une promenade d'un après-midi. La mémoire me rappelle que j'ai beaucoup pleuré cet après-midi-là. La mémoire me rappelle que je ne voudrais pas aller, encore une fois, nulle part au monde dans un musée comme celui-la. La mémoire me rappelle que je me suis baladé à travers des tombeaux communs parce que, à un certain moment, il y avait trop de morts pour qu'on puisse en faire le suivi. La mémoire me rappelle aussi que j'ai vu le diable. Je ne lui ai pas serré la main, mais il était présent dans la pièce dédiée aux enfants de ce massacre…

La mémoire me rappelle que c'est précisément à ce moment, dans cette pièce, devant la photo de cette petite fille qui devait faire 10 pieds sur 10 pieds, que ça s'est produit…

C'est en lisant ce qui était écrit que le déclic s est produit…

Son nom, ce qu'elle voulait devenir, son mets préféré, ses dernières paroles…

<< Ne pleure pas, Maman, les Muzungu (Blancs ou Étrangers) vont venir nous aider… >>

Et finalement, comment elle est morte, cette enfant-là, découpée à coups de machette, dans les bras de sa mère…

La mémoire me rappelle que c'est à ce moment-là que moi, petit blanc nord-américain, je me suis dit que je pouvais aider à changer le monde…

Plus tard, lors du même voyage, je devrai affronter la réalité africaine actuelle… Les gens parlent beaucoup de l'avant…  mais pas du maintenant !

J'ai eu la chance d'être en lien avec des organismes locaux qui travaillent avec les enfants de la rue. Nous avons donc visité, Marie-Claude et moi, ces endroits. Certains étaient corrects, bien tenus, et les enfants étaient en santé. D'autres... Je ne crois pas que la société protectrice des animaux à Québec permette qu'on garde un chien dans ces conditions. Alors germera en moi la pensée que, malgré mon âge, ma petite vie confortable, je devais faire quelque chose…  que je devais trouver le moyen de revenir sur la terre brûlée…  

Pour moi, Rwanda fut le premier contact avec l'Afrique.  Ce genre d'expérience, qu'on ne vit qu'une seule fois -- comme une drogue illicite --, c'est aussi le genre de trip qu'on essaiera de reproduire...

Je suis retourné au pays après un mois… au Canada… Je n'ai jamais été le même. Le blues du retour n'a pas duré deux semaines ni deux mois… 

Je ne crois pas être différent ou meilleur qu'un autre.  Je ne crois pas être un sauveur ni meilleur que quiconque. Je pense juste que, au-delà des belles paroles et des belles pensées, il y a l'action. Moi, j'ai choisi de faire ça pour changer le monde... à ma manière…  Vous, que ferez-vous ? 

Je suis conscient que j'ai fait les choix de vie qui me permettent d'être où je suis aujourd'hui. Je crois toutefois que chacun d'entre nous doit obligatoirement trouver une façon, dans son contexte, de changer le monde… 

Ian

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